Cris, pleurs, hurlements, maux de tête, vomissements... Certains enfants se rendent littéralement malade à l'idée d'aller à l'...
Cris, pleurs, hurlements, maux de tête, vomissements... Certains enfants se rendent littéralement malade à l'idée d'aller à l'école. Comment les rassurer et les aider ? Explications de Marie-France Leheuzey, psychiatre.

Maux de ventre, migraines, nausées et vomissements, cris et hurlements... Les enfants peuvent parfois se mettre dans des états extrêmes à la simple évocation de l'école. En cette période de rentrée des classes, ou soudainement en plein milieu de l'année, il peut arriver que des écoliers ressentent une véritable détresse émotionnelle. Comment identifier ce qu'on appelle "une phobie scolaire", et la différencier d'une crise passagère ? Comment aider l'enfant ? Les conseils de Marie-France Leheuzey, psychiatre pour enfants et adolescents à l'hôpital Robert Debré à Paris, et auteure du livre "Phobie scolaire : comment aider les enfants et adolescents en mal d'école ?".
Comment expliquer la phobie scolaire ? Quelles en sont les causes ?
En réalité, le terme "phobie scolaire" n'est pas adapté car l'enfant n'a pas "peur" de l'école : il n'arrive tout simplement plus à y aller, explique la psychiatre. Il peut s'agir d'un enfant qui ne parvient pas à se séparer de ses parents. On parle alors de "l'anxiété de la séparation", notamment connue chez les plus petits. Chez les enfants plus âgés, ces craintes peuvent être le résultat de menaces, de harcèlement ou d'humiliations en classe : l'enfant est alors terrorisé à l'idée d'être de nouveau confronté à ses agresseurs. Autre cause : l'échec scolaire, les mauvaises notes et la pression que certains enfants peuvent avoir s'ils ne réussissent pas à obtenir de bons résultats à l'école. Les causes varient d'un enfant à un autre, mais parfois, certains d'entre eux peuvent cumuler plusieurs facteurs de stress.
Comment différencier une "phobie scolaire" d'un caprice passager ?
Généralement, lorsque l'enfant ne souhaite plus aller à l'école, cela se traduit par des signes physiques : il peut vomir, avoir des nausées ou des vomissements, des maux de tête et de ventre, des diarrhées, des peurs et des angoisses... Mais tous ces symptômes ne surviennent que le matin avant de se rendre à l'école et disparaîssent les week-ends ou pendant les vacances. Et s'il reste à la maison, il se sent beaucoup mieux, nuance Marie-France Leheuzey. On remarque également que les plus grands ont tendance à se réfugier davantage derrière leurs écrans, leurs jeux-vidéos et sur les réseaux sociaux.
Quels sont les enfants concernés ?
Il n'y a pas d'âge particulier, mais on peut dire que les enfants de maternelle sont moins concernés que les grands, notamment lors de l'entrée au CP ou en 6ème. Il s'agit pour eux d'une nouvelle étape à franchir, qui apporte quelques changements : l'enfant doit désormais prendre le bus, s'adapter à un nouvel environnement, à de nouveaux camarades et de nouveaux professeurs. De plus, les collégiens sont davantage soumis à la violence que les petits, notamment dans les cours de récréation.
Comment réagir en cas de phobie scolaire ?
Il faut déjà s'apercevoir qu'il se passe quelque chose d'anormal. Une fois le problème identifié, il est important d'établir un dialogue avec son enfant et lui demander ce qu'il ressent, conseille la psychiatre. "Est-ce la confrontation avec ses agresseurs qui lui fait peur en tant que victime ? Est-ce une crainte vis à vis de l'enseignant ou du professeur ?"... Il est important de comprendre ce qu'il se passe et d'où vient le problème afin de pouvoir réagir en conséquence, selon la situation. Les parents peuvent alors rencontrer l'enseignant afin d'évaluer si des aménagements sont possibles pour résoudre le problème.
En revanche, s'il s'agit de troubles anxieux, un rendez-vous chez un psychologue ou un psychiatre est nécessaire. Grâce à un suivi et un accompagnement, celui-ci aidera l'enfant à retourner progressivement à l'école : dans un premier temps, une rencontre avec l'enseignant peut être organisée, puis, petit à petit, le parent l'accompagne pour une heure de classe... jusqu'à ce que l'enfant aille mieux. "Ces exemples diffèrent selon les situations, mais plus l'enfant manque l'école, plus il est difficile pour lui d'y retourner", constate Marie-France. Elle déconseille d'ailleurs les cours par correspondance pour les enfants en mal d'école. En effet, cela ne ferait que renforcer leur peur de l'école.
Quelles sont les erreurs à ne pas faire ?
Il est indispensable de prendre le problème en charge le plus tôt possible et ne pas attendre, conseille la psychiatre. Les parents doivent aussi faire attention à ne pas stresser l'enfant en lui disant que "la 6ème est beaucoup plus difficile que le primaire, qu'il va avoir pleins de nouveaux professeurs, qu'il va devoir prendre le bus, apprendre à se défendre, travailler pour obtenir de bonnes notes..." Si l'enfant est sensible et fragile, ces éléments risqueraient de renforcer son anxiété. Au contraire, rester positif permettra de le valoriser et de lui donner confiance en lui. "Dites-lui par exemple qu'il va se faire de nouveaux copains, qu'il va apprendre avec des professeurs spécialisés dans chaque matières, qu'il va aller dans l'école des grands...", explique Marie-France. Enfin, les parents doivent être à l'écoute de leurs enfants, au quotidien et ne pas s'intéresser qu'aux notes, mais aussi à ses relations avec ses camarades, son ressenti et ce qu'il se passe au jour le jour. Car généralement, les enfants victimes de harcèlement se renferment sur eux-mêmes et ne communiquent pas avec leurs parents pour ne pas les culpabiliser. Aux adultes donc d'identifier si son enfant est épanoui ou non.